Vous êtes plutôt BD papier ou numérique ? Ca tombe bien, Marc-Antoine Mathieu a pensé à tout. Dans son dernier album 3″, disponible dans sa version imprimée et online, l’auteur nous fait vivre une expérience de lecture époustouflante, tant au niveau de l’intrigue que du découpage, véritablement bluffant. A l’occasion de sa nomination dans la sélection d’Angoulême, et alors qu’il vient de remporter le dBD Awards du meilleur scénario, nous allons y consacrer un petit cycle en deux ou trois articles, avec entre autre une interview de son auteur.
Avec 3″, Marc-Antoine Mathieu nous plonge dans la vision du monde d’un photon, infiniment réfléchi, et voyageant à 300.000 km/s sur les surfaces des plus surprenantes. A travers le trajet de cette particule de lumière, retranscrit sous la forme d’un zoom infini, le lecteur se fraie donc un chemin dans un monde fourmillant de détails cruciaux, qu’il faut appréhender car ils sont nécessaires à la compréhension de l’histoire.
Version livre, suivez une intrigue incroyablement bien ficelée via ce storyboard des plus impressionnants, chaque page de neuf vignettes étant consacrée à un nouveau rebondissement du récit. Version vidéo, un unique plan séquence au zoom interminable vous plonge littéralement dans les moindres détails de l’univers imaginé par l’auteur. Et, gros bonus, le curseur de lecture numérique vous permet de choisir la vitesse de zoom qui vous convient, voire même d’effectuer des retours arrières, si jamais un élément vous avait échappé.
Une chose est sûre, c’est qu’il vous faudra vous concentrer pour suivre la version papier, peut-être un brin moins évidente à la lecture, tandis que le support vidéo, plus fluide, permet une compréhension plus rapide de l’histoire. Quel ordre privilégier ? Nous vous conseillons plutôt de visionner l’histoire sur le web avant d’en suivre le story-board papier, afin de pouvoir apprécier le trait de l’auteur sans avoir à vous soucier de prendre en compte les moindres petits détails.
Pour les plus ambitieux, cependant, rien ne vous empêche de suivre la version quasi-stromboscopique du livre. Autre mode de lecture qui vaut le détour mis en place lors du festival bd BOUM Blois : l’affichage sur des panneaux de 50cm de côté, pour recréer le défilement à taille réelle.
Il faut dire que Marc-Antoine Mathieu, 52 ans, est loin d’en être à sa première expérimentation avec les codes de la bande dessinée, que ce soit au niveau de la 3D, de la lecture à double-sens, ou autre. Son oeuvre L’Origine, premier tome de la série Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves, publiée en 1990 explorait ainsi le concept de l’anti-case, soit un espace sciemment laissé vide au centre de la planche.
Aucun bruit, aucun dialogue, quasiment aucun texte : le moins que l’on puisse dire, c’est que, durant ces fameuses 3 secondes, tout est ici pensé pour éviter de nous troubler dans notre lecture, et surtout notre réflexion. Où sera placé le prochain miroir ? Où nous trouvons-nous dans l’espace ? A quel moment ? C’est ici au lecteur de reconstituer le récit, en prenant même soin d’éviter les quelques fausses pistes lancées par l’auteur…
Enfin, si vous avez lu cette oeuvre et que vous aimeriez pouvoir en discuter afin d’obtenir davantage d’éclaircissements, abonnez vous à la page Facebook dédiée, ou allez donc faire un tour sur le forum dédié sur le site de Delcourt, peut-être trouverez-vous réponse à vos questions.
3 secondes, donc ? Bien plus en réalité, dans cette infinité de possibilités de lecture. Et vous, quelle version vous a convaincu ?
>> Consultez notre interview de Marc Antoine Mathieu
>> Consultez notre interview de Yannick Lejeune












Ping : Transmedia Lab | Blog | La BD et le transmedia font-ils la paire ?