Yannick Lejeune, créateur du Festiblog, revient sur son travail sur ’3 secondes’

Yannick Lejeune porte toutes les casquettes : chargé du développement des projets numériques chez Delcourt, créateur du Festiblog, directeur Internet du Groupe Ionis (soit notamment les écoles e-artsup et SUP’Internet), il est également blogueur, chroniqueur, et a collaboré sur l’œuvre 3’’ de Marc-Antoine Mathieu, une BD qui nous a tellement impressionnée qu’elle méritait bien sa série de trois articles. Et aujourd’hui, malgré ce programme chargé,  il a tout de même pris de son temps de nous faire part de son expérience et de sa vision de la BD numérique :), nous l’en remercions !!!

Yannick Lejeune - Festiblog
Yannick Lejeune au Festiblog

EspritBD : Tu es en charge du développement des projets numériques chez Delcourt. Qu’est ce que ça veut dire ? A quels projets as-tu pris part ?

Yannick Lejeune : J’ai commencé ma collaboration avec les éditions Delcourt en apportant mon expertise sur le domaine du numérique auprès de Guy Delcourt et de François Capuron qui réfléchissaient sur ce que cet univers allait changer au métier d’éditeur. Au fur et à mesure de nos discussions, ceux-ci m’ont proposé de développer des idées. C’est ainsi que je suis devenu éditeur, numérique, mais aussi papier. En l’occurrence, j’ai donc un rôle assez classique de directeur de collection multisupports, et un rôle plus informel de conseiller autour du numérique.

Concernant les projets, j’ai travaillé sur de nombreuses pistes, toutes ne se sont pas concrétisées. Certaines pour des raisons purement financières, car la création numérique coûte cher dès qu’il s’agit de faire du ad hoc, d’autres pour des raisons de faiblesse du projet éditorial. Ce n’est pas parce que cela a un intérêt en termes d’innovation technique que cela suffit à faire une bonne œuvre. Pour l’instant, j’ai donc participé aux réflexions sur la numérisation des albums, j’ai conduit la version numérique de Naguère les écoles et surtout, j’ai travaillé sur 3’’, un projet qui nous a pris plus d’un an et demi. J’ai d’autres projets en cours mais je ne peux en parler maintenant.

Trois secondes, BD de Marc Antoine Mathieu

Si votre œil accroche cet œil dans votre librairie, c'est que vous venez de rencontrer Marc-Antoine Mathieu

EspritBD : Dans les remerciements, Marc-Antoine Mathieu écrit : « A Yannick Lejeune, éditeur et co-animateur de la version numérique ». Comment as-tu collaboré avec ce grand auteur ?

Y. Lejeune : Nous avons travaillé de manière itérative. Marc-Antoine [Mathieu ; son interview] avançait sur les dessins, je développais des prototypes au fur et à mesure. En avançant ensemble, on a rencontré des problèmes de faisabilité qui nous ont obligé à revoir la manière de créer. C’était passionnant. Lorsque les pages ont commencé à vraiment tomber, la réalité technique s’est rappelée à nous avec des problèmes divers et variés : mémoire, création de courbes, chargement des images… J’ai un peu douté mais j’ai la chance d’avoir rencontré des gens extrêmement brillants dans un labo que j’ai créé et dirigé il y a quelques années. Philippe Desgranges, un véritable surdoué de l’informatique que je suis fier de pouvoir côtoyer est donc venu nous prêter main-forte et nous avons mis au point cette version numérique qui superpose dynamiquement les dessins de l’album. Au-delà de cela, nous avons évidemment pas mal partagé autour des aspects scénaristiques, c’est vraiment l’exemple-type d’une relation éditeur/auteur interactive et dynamique, de celles qui me font adorer ce métier.

EspritBD : Peux-tu nous dire grossièrement le ratio ventes papiers / consultations online ? Comment expliques-tu ce chiffre ?

Y. Lejeune : Je pense qu’elles sont de l’ordre 1/5 en faveur du papier. Je l’explique par la résistance de certains lecteurs au format numérique et au fait qu’il est toujours plus simple de lire dans son lit une version papier. Ceci dit, c’est déjà pas mal, nous avons atteint dans la version numérique le score que nous pensions atteindre dans la version papier qui a, elle, largement dépassé nos espoirs.

Reflet dent - 3 Secondes - Marc-Antoine Mathieu

Laissez-vous guider, de reflet en reflet... ©Marc-Antoine Mathieu

EspritBD : La version numérique de 3 secondes est un bonus auquel la personne qui a acheté le livre a accès gratuitement. Est-ce un modèle que vous allez développer chez Delcourt ?

Y. Lejeune : Ce n’est pas un « bonus », c’est une partie intrinsèque de l’œuvre qui ne saurait être complète sans. D’ailleurs seuls ceux qui ont lu les deux peuvent comprendre ce qu’on voulait dire par « une œuvre, deux expériences de lecture », certains détails ne se révèlent que sur le papier ou que dans la version en ligne, pour de simples raisons de regard qui se pose différemment et de puissance de zoom. A ce titre, le prix « du livre » est avant tout le prix de « l’œuvre » toute entière.

Par contre, il est vrai que pour des raisons de financement et d’insuffisance du marché numérique, nous envisageons de prolonger le caractère hybride de nos projets numériques. Comprendre et connaître l’économie du livre nous permet d’analyser l’investissement juste dans nos projets numériques.

> Nous vous recommandons de lire aussi notre interview de Marc Antoine Matthieu !


Entretien avec Yannick Lejeune par France3PoitouCharentes

EspritBD : Quels autres modèles peuvent être développés selon toi ? Penses-tu que l’on va bientôt voir des BD vendues exclusivement en format numérique ?

Y. Lejeune : Crowd-sourcing, crowd-funding, versions numériques premium, versions numériques exclusives, bonus numériques, abonnements, il reste beaucoup à explorer. Tout est faisable. Il faut juste pouvoir rémunérer le travail des auteurs, ne pas fantasmer les demandes des lecteurs et puis respecter les pionniers. A ce titre, je ne saurais dire toute l’estime que j’ai pour Thomas Cadène qui a ouvert une voie incroyable.

EspritBD : Quelles créations, sites ou auteurs conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite découvrir ce nouveau champ de la BD numérique ?

Y. Lejeune : Les Autres Gens, vite, avant que cela ne s’arrête. Les blogs BD pour leur géniale diversité. Les travaux de Scott McCloud, de Pierre-Yves Gabrion, de Joseph Béhé, de Balak… Il y en a trop pour tous les citer. Et d’ailleurs n’oublions pas EspritBD

Vous souhaitez creuser encore davantage les réflexions de Yannick Lejeune ? Retrouvez-le sur son blog, où il délivrera sans doute prochainement plus d’informations sur la publication de son album, et n’oubliez pas de regarder l’actu du Festiblog, dont la prochaine édition sera parrainée par l’inénarrable Wandrille.

On vous rappelle que l’on s’est associé aux écoles e-artsup et Sup’Internet pour un cycle, « Créer pour les médias numériques », avec des formations et une conférence gratuite, n’hésitez pas à vous y inscrire !

Et n’hésitez pas à réagir dans les commentaires ! :)

>> Consultez notre article sur 3 secondes 

>> Consultez notre interview de Marc Antoine Mathieu

Création Numérique

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